Attestation : une évaluation comme les autres ?

Le 03 mars 2020 à 15h17

Dans notre système éducatif où la notation des acquisitions prédomine, seul le domaine des formations courtes et non diplômantes pour les adultes semble préservé d’une évaluation stricte. Les stagiaires en formation continue repartent souvent avec une simple attestation de formation en main sans avoir réellement conscience de la manière dont ils ont été évalués. Est-ce une bonne ou une mauvaise pratique ?

L’attestation de formation prévue par le texte de loi

L’attestation de formation est un document obligatoire dans le cadre d’une formation externe. Elle doit être remise au stagiaire au terme de la formation (qu’elle que soit sa durée). Elle est nominative et signée par le formateur. L’en-tête de l’organisme de formation y apparaît.

Elle doit impérativement comporter les points suivant (cf Code du travail, Art. L. 6353-1) :

– Les objectifs de la formation, exprimés de manière opérationnelle (avec un verbe d’action permettant de décrire un comportement observable et mesurable)
– La nature de la formation (action de formation, bilan de compétences, validation des acquis …)
– La durée de l’action de formation (en heures)
– Les résultats de l’évaluation des acquis de la formation

C’est ce dernier point qui fait l’objet de cet article.

Peut-il y avoir une négligence de l’évaluation individuelle lors de formations courtes ?

Certains stagiaires sont persuadés qu’avoir suivi une formation jusqu’à son terme est le seul critère d’attribution de l’attestation de formation. S’il est vrai que dans le passé, certaines formations de très courtes durée « survolaient » la partie évaluation, cela n’a plus court aujourd’hui, notamment grâce à la souplesse des outils  digitaux d’évaluation. De plus, les organismes financeurs sont de plus en plus regardants sur la pertinence des prestations et leur réel apport pour l’employabilité et l’efficacité des collaborateurs, et font de l’évaluation un indicateur important.

Une chose est certaine, l’évaluation précise des points acquis et non acquis en fin de formation est primordiale autant pour le stagiaire que pour le formateur et l’employeur. Mais, pour que celle-ci soit fiable, il est nécessaire d’avoir conscience des obstacles à la réalisation d’une évaluation sur un temps court.

Les obstacles à la mise en Œuvre de l’évaluation

Le manque de maîtrise des pré-requis :  Contrairement aux formation de longe durée, le niveau des apprenants n’est souvent pas mesuré en amont ou à l’entrée en formation. Entre la déclaration préalable de pré-requis acquis par le stagiaire et la réalité constatée durant la formation, tous les formateurs vous confirmeront  qu’il peut exister un bel écart !

Le manque de temps : il est parfois difficile d’intégrer des temps d’évaluation individuels  sur une formation de quelques heures. De plus,  le formateur va parfois décider de mettre l’accent sur un point essentiel au détriment d’un autre, ce qui créé un décalage avec le questionnaire conçu en amont. Dans ces deux situations, cela donne comme consigne au moment de l’évaluation finale : Ne tenez pas compte de telle question !

La dynamique de groupe : l’évaluation collective est souvent (et à raison) plébiscitée afin de favoriser une dynamique de groupe. Un temps d’évaluation individuelle peut rapidement casser la dynamique d’une séance, alors que des restitutions en groupe instaurent des moments forts d’échange et de réflexion fixent en cela beaucoup mieux les savoirs. En ressort une évaluation identique pour tous les participants.

L’importance de l’auto-évaluation : Pour un formateur, l’important est bien la capacité du stagiaire à s’auto-évaluer pendant la formation et après la formation, et non pas de pointer des acquis/non acquis catégoriques. L’expression des attentes et des représentations en début de séance par les stagiaires, et l’expression de leur ressenti en fin de séance ont des vertus bien supérieures à une évaluation normative individuelle.

Le décalage entre les temps d’apprentissage d’un stagiaire à l’autre : Le délai d’assimilation n’est pas le même pour tout le monde, le temps de rétention des savoirs encore moins. Par exemple : qui n’a jamais entendu un collègue lui raconter qu’il a étudié tel point en formation mais qu’il l’a oublié ? Ou un autre qu’il n’avait pas vraiment tout suivi lors de la formation mais qu’une fois de retour sur son poste, « tout s’éclaire ».

Les limites de la formation hors-contexte : la nécessité d’aborder des notions génériques avec des apprenants issus d’activités différentes fait qu’il est difficile de mesurer si les connaissances acquises seront transférables dans le quotidien du stagiaire (et ce même pour des formateurs très qualifiés en pédagogie différenciée). Exemple : une formation de base au motion design va permettre à l’apprenant d’être validé sur la maîtrise de l’interface mais sera-t-il en mesure d’appliquer ce qu’il a acquis au quotidien sur une autre version du logiciel ou sur des projets éloignés ?

L’empathie du formateur : Il est difficile pour un formateur de ne pas pouvoir répondre aux attentes du commanditaire de la formation qui souhaite que tous les stagiaires réussissent la formation, encore moins de ne pas valider des acquis pour un stagiaire dont la réussite de la formation est cruciale pour son projet professionnel ou son travail en équipe. La complaisance nous guette lors de chaque action e formation. A cela s’ajoute la fréquente confusion du stagiaire entre l’attestation de présence et l’attestation de formation.

Pour une évaluation efficace des formations courtes non diplômantes

Un processus simple permet de garantir une évaluation correcte des stagiaires sans perturber le cours de la formation. En voici les étapes :

1-Entretien individuel conduit par le formateur en amont de la formation.

Certainement la rencontre à la fois la plus importante et la plus difficile à caler ! Elle se déroule en amont de la proposition (ou, dans le cas d’une contractualisation entre le commanditaire et le conseiller en formation, après la validation de la proposition).

Avant ou pendant cet échange souvent téléphonique, le stagiaire doit impérativement prendre connaissance du programme prévu, et le formateur doit  savoir ce que le stagiaire souhaite pouvoir réaliser concrètement au terme de la formation.

Le cas échéant, cet entretien peut être réalisé via questionnaire, mais cela présente beaucoup moins d’intérêt : l’échange verbal permet de lever les éventuelles appréhension du stagiaire, de vérifier en quelques questions si les pré-requis sont présents, et d’éviter toute incompréhension sur les attentes.

Un entretien préalable entre le formateur et chaque stagiaire est le gage d’une formation réussie.

2-Evaluation de début de formation

Souvent pratiqué sous forme ludique et avec restitution en commun, il peut s’agir d’un quiz ou de l’analyse d’un support. Il présente plusieurs avantages :

  • faire émerger les a-priori/représentations,
  • voir (ou pas) l’homogénéité du groupe de stagiaire,
  • dédramatiser la formation (finalement, ça parle de mon quotidien au travail),
  • poser les bases d’un collectif,
  • offrir une base de comparaison entre les connaissances préalables et celles qui seront acquises au cours de la journée.

L’évaluation au démarrage permettra au stagiaire d’auto-évaluer ses apprentissages en fin de journée.

Exemple de consigne pour la première évaluation d’une formation Social Media : « Nous allons visionner ensemble une campagne publicitaire sur les réseaux sociaux, je vous remets à chacun un document sur lequel vous noterez vos constats, ce qui vous va et ce qui ne vous va pas pour chaque étape de cette campagne. En fin de journée, nous visionnerons une autre campagne et vous pourrez par vous-même comparer si ce sont les même points qui vous interpellent. »

3-Evaluation intermédiaire

Fréquemment  proposée sous forme de QCM, l’évaluation intermédiaire est idéale pour clôturer la fin d’une séquence. Elle est plus particulièrement efficace pour lune mémorisation durable lorsqu’elle est effectuée au retour d’une pause (et non pas avant). Elle a aussi l’avantage de rapidement replacer les stagiaires dans les conditions de la formation au retour du repas ou après un café !

Une évaluation intermédiaire est beaucoup plus efficace si elle a lieu après une pause.

4-L’évaluation finale

La principale difficulté de l’évaluation finale est que le formateur dispose de peu de temps pour la traiter, car il doit préciser sur l’attestation de formation ce qui est acquis ou non. Il doit également être en mesure d’expliquer à un stagiaire pourquoi certains savoirs abordés sont encore en cours d’acquisition. Pour une formation qui accueille un grand nombre de participants pressées de rentrer, la tâche n’est pas aisée ! Beaucoup de formateurs exploitent le temps consacré à l’évaluation à chaud par les stagiaires pour traiter de leur côté l’évaluation des acquis.

L’usage d’un questionnaire à correction immédiate avec information du stagiaire facilite grandement la tâche!

Bien sûr, une formation ne peut se clôturer sur une brutale remise d’un document d’attestation avec évaluation : le temps de restitution reste une étape essentielle de toute formation pour les adultes !

Voici un exemple de grille d’évaluation qui permettra de reporter sur l’attestation de formation les niveaux d’acquisition sur : être capable de personnaliser l’aspect graphique, de connaître les fonctionnalités du back office, d’optimiser le référencement, d’enrichir un contenu et d’enrichir le site web.

5- L’évaluation à froid

L’évaluation à froid n’est pas uniquement une appréciation des acquis mis en oeuvre quelques mois après la session. Bien rédigée, elle peut aussi être un formidable outil formatif si elle s’accompagne de questions sur les progrès réalisés autour de points qui n’avaient pas été totalement assimilés lors de la formation. Mais pour cela, il est nécessaire que cette évaluation à froid soit personnalisée pour chaque stagiaire et non pas générique.

 

Pour conclure, la partie évaluative de l’attestation de formation est essentielle même si elle est délicate à mettre en oeuvre par le formateur. De nombreux outils digitaux permettent d’intégrer facilement ces temps d’évaluation même dans une formation de très courte durée sans nuire au rythme de la séance. Nous en présenterons certains dans un prochain article.

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